27 février 2011

Le Docteur Rafto à cœur ouvert

Une série documentaire en prime time sur RTL, voilà qui n’est pas dans les habitudes de la chaîne. Celle-ci a pourtant décidé de déroger à la règle avec Dr Rafto. C’est que Christian Raftopoulos sort de l’ordinaire. De par sa personnalité de dandy un poil misanthrope. Mais aussi en raison de sa réputation de Dr Miracle. Anévrismes, traumatismes crâniens, tumeurs au cerveau font partie de son quotidien. Chaque jour, il a la vie de ses malades à portée de scalpel. Rencontre.

Comment avez-vous décidé de devenir neurochirurgien ?

“Je suis tournaisien par ma mère et un de mes cousins faisait la médecine à Lille. Et j’ai eu la chance de voir une intervention de neurochirurgie là-bas. J’ai eu un coup de foudre pour cette discipline ! J’avais 17 ans et je voyais quelqu’un se faire opérer de la tête. C’était une émotion énorme. Mon père adoptif et ma mère m’ont demandé alors de choisir ce que je voulais faire. J’hésitais entre le piano, la philosophie et la neurochirurgie.”

Avoir la vie d’un autre être humain en main, ce n’est pas trop de pression ?

“Le secret, c’est de travailler tout le temps ! Mais même en étant hyper-entraîné et en ayant tout préparé dans les règles de l’art, il peut arriver que ça dérape. Quand ça ne va pas comme vous l’espériez, il faut alors être autocritique. C’est ce que j’aime dans mon service, c’est qu’on est plusieurs neurochirurgiens. On se surveille, on se complète. Si un collaborateur n’est pas d’accord, il doit me le dire. Le but, c’est que le patient qui rentre ressorte en meilleure santé.”

On dit de vous que vous êtes froid…

“En effet. J’essaie d’être froid pour me protéger du stress. Je me rappelle que lors de mes études, lorsque je suis venu faire ma spécialité à l’ULB, je me suis retrouvé de garde avec une personne qui était un an en avance sur moi. Arrive un enfant avec un traumatisme terrible. Il meurt pratiquement sur place. Et celui qui était de garde avec moi s’est effondré. Il a pris l’enfant dans ses bras comme si c’était le sien. Je lui ai demandé pourquoi il faisait ça. Il m’a répondu que j’étais un robot. J’essayais juste d’être plus serein. Vous imaginez que si chaque fois qu’il y a une difficulté on réagit comme lui, on est bon pour se tuer !”

Comment arrivez-vous à trouver cet équilibre entre vous protéger, ne pas éprouver trop d’empathie, et en même temps garder cet aspect humain vis-à-vis du patient ?

“La médecine, c’est avant tout être calculateur. On vous donne une équation et vous devez la résoudre. Pour cela, vous devez demeurer cartésien et froid, afin de prendre des décisions parfois difficiles. Mais on peut très bien arriver à rester professionnel tout en se mettant quelques secondes à la place du patient. Ce que je fais.”

Ça vous arrive d’être personnellement ému par un cas ?

“Bien sûr, notamment si je connais la personne. Mais au moment de l’opération, je me mets dans une bulle. Ce qui ne m’empêche pas d’être ému avant et après. Et à la limite quand c’est fini, j’ai les larmes aux yeux.”

Les cas les plus durs, ce sont les enfants ?

“Oui. Lorsqu’il s’agit d’un enfant, je ne me mets qu’une demi-seconde à sa place ou à celle de ses parents, car ça me suffit déjà à éprouver une énorme douleur.”

Dans le premier épisode, les cas se terminent bien. C’est le cas dans les numéros suivants ?

“On a décidé de jouer franc-jeu. Donc, oui, il y a notamment un cas très triste. Mais on montre tout avec l’accord de la famille.”

Il paraît que vous n’êtes pas un féru du bloc opératoire…

“Effectivement. Il y a des chirurgiens qui sont heureux d’aller en salle d’op’ et d’inciser. Moi, je n’aime pas opérer. Ça ne m’excite pas d’ouvrir quelqu’un. Mais le fait que je ne suis pas un fou de l’opération, c’est aussi ça qui protège mes patients. Je n’opère que si c’est la seule solution.”

C’est quoi une journée type du Dr Rafto ? Vous dites que vous avez une vie d’ascète…

“Oui, c’est vrai. J’ai une vie extrêmement réglée. Je me lève en général à 6 h du matin, je suis à mon service à 7h30. On commence à 8 h, je ne mange pas sur l’heure du midi et je ne rentre jamais avant 21 h. Une fois à la maison, soit je regarde un bon DVD, soit je termine quelque chose que je n’ai pas fini à la clinique.”

Vous avez 52 ans, vous n’avez pas d’enfant. C’est volontaire par rapport à votre carrière ?

“Oui. Je peux contrôler mon métier, mais je ne m’imagine pas aller à l’hôpital en m’inquiétant parce que mon fils serait malade. Une fois qu’on a un enfant, il passe avant tout le reste. Et peut-être que je deviendrais un mauvais neurochirurgien. Quand mon chien est mort, j’ai pleuré à chaudes larmes. Et ce n’était qu’un chien... Imaginez si c’était un enfant ! Donc, je dois me mettre dans une bulle. Cela dit, ma compagne a un fils et je m’entends très bien avec lui.”

Interview > Frédéric Seront

Docteur Rafto

Mercredi 20.20

Même s’il essaie toujours de se mettre quelques secondes à la place de ses patients, le Dr Rafto avoue qu’il doit “demeurer cartésien et froid, afin de prendre des décisions parfois difficiles.”

http://www.dhnet.be/dhjournal/archives_det.phtml?id=1129209


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